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Timeline

1916 - 1937

  • La renommée nationale à 21 ans

    Marcel Cerdan est né le 22 juillet 1916 à Sidi Bel Abbès en Algérie, berceau de la Légion Etrangère. De père originaire du Roussillon et de mère d'origine espagnole, il est le fils cadet d'une famille pauvre de cinq enfants (Armand, Antoine, Vincent et sa jeune soeur Clothilde).

    En 1922, les Cerdan s’installent à Casablanca, espérant trouver un meilleur avenir. Vincent, l’aîné (10 ans le séparent de Marcel) pratique la boxe, de même qu'Antoine et Armand.

    En 1924, poussé par son père, Marcel monte sur le ring pour la première fois à l’age de 8 ans, à l’occasion d’une soirée où Vincent doit se produire. Le petit Marcel victorieux gagne, à son grand désespoir, une paire d’espadrilles, au lieu du lot de consolation de son adversaire, une tablette de chocolat. Son père décide alors de le manager.

    Vers 1932, le père Cerdan se prend d’amitié pour Lucien Roupp, un parisien qui connaît la boxe et qui a aménagé au premier étage de son garage une salle d’entraînement. Harcelé par son père qui veut en faire un champion, Marcel, dont la passion pour le football est une source de conflit permanent, ira de plus en plus souvent se faire les poings chez lui.

    D’ailleurs, dès 1933, le père Cerdan cesse d’être le manager de Marcel et confie son destin de boxeur à leur ami commun, Lucien Roupp. Marcel effectue ses premiers combats professionnels en « Mouche » (48 kg) en affrontant souvent des poids nettement supérieurs. Il a 17 ans. Il gagnera les meilleurs poulains de Roupp puis, l’un après l’autre, la plupart des boxeurs d’Afrique du Nord.

    En 1935, à 19 ans, Cerdan est vainqueur contre Max Privat, un boxeur chevronné. Il bat ensuite Mak Perez, Maurice Serfaty et Mestre puis en 1936 Antoine Adad (qui s’est lui-même incliné de justesse devant Spoldi, Champion du Monde) et Ifergane. A Oran, Marcel met K.O. au 2ème round le fameux Martinez, dit « K.O. Martinez ». Il met alors les bouchées doubles et expédie successivement Ricardo, Kid Abadie, Castillanos, Fausto puis Al Francis et Primio Rubio. La même année, à Alger, Cerdan liquide Antoine Attaf en 30 secondes puis le métropolitain Jean Debeaumont à Casablanca.

    Le 2 mars 1937, après sa nouvelle victoire contre Attaf, puis Naudin, Marcel se retrouve face à Omar Kouidri à Rabat. Il gagne, mais sa main droite - qui sera toujours fragile, comme chez tous les frappeurs - est fracturée. Guéri, il bat à nouveau Kouidri et Ali Omar à Alger. Il affronte ensuite un très grand champion, Kid Marcel, qu’il bat aux points à Oran.

    A la demande de l’organisateur de spectacles de boxe parisien, Jeff Dickson, qui souhaite l’éprouver avant de le faire venir sur Paris, Marcel rencontre Edy Rabak, le rude « Carpentier tchèque », le 13 septembre 1937 à Casablanca. Cerdan le met K.O. à la 7ème reprise. C’est la porte ouverte à la renommée nationale… Il n’a que 21 ans.

1938 - 1939

  • Champion de france des welters/mi-moyens

    Marcel arrive à Paris et s’installe au camp d’entraînement du Vélo Club de Levallois(*) du père Ruinart à la Celles-Saint-Cloud. Il porte toujours sa culotte bleue à bande blanche que sa mère lui a confectionné avec, dans sa ceinture noire, la médaille de l’enfant Jésus qu’elle y a glissé. Il gardera cette culotte toute sa vie, souvent portée sous une autre, obligatoire pour les matchs publics.

    Cerdan s’impose rapidement à Paris, à la Salle Wagram, en battant aux points Louis Jampton et Morin ; il retourne à Rabat le temps d’un combat pour battre Ifergane aux points, revient à Paris pour rencontrer Feodorowich qui perd par arrêt de l’arbitre au deuxième round ; il bat enfin Eddie Ran et Jean Zydès par K.O.

    Après avoir fait ses classes dans la capitale, Cerdan part pour Casablanca où il rencontre Kouidri qu’il a déjà vaincu deux fois, ce qui lui permet de se positionner comme Challenger pour le titre de Champion de France des Mi-Moyens. Le combat a lieu le 21 février 1938 au stade Philip devant dix mille spectateurs, dix mille cœurs qui battent pour lui.

    Kouidri, l’Algérien au courage de légende, parvient à tenir les douze reprises en dépit de son épuisement évident, mais en vain : Marcel gagne à la fois ce troisième combat contre ce digne adversaire, son premier titre de Champion de France, et ce surnom qui le suivra désormais : « le Bombardier Marocain ». Les supporters en folie bloquent les rues de Casablanca la moitié de la nuit.

    Après sa victoire aux points contre Charles Pernot, le nouveau Champion de France étrenne son titre face à Edy Rabak, le 13 avril 1938. Envoyé deux fois au tapis, Rabak va jusqu’à la limite mais est battu (aux points) pour la deuxième fois.

    Le 2 mai 1938, Cerdan reçoit le Prix Théo-Vienne, qui récompense le meilleur boxeur français de l’année.

    Le 5 mai 1938, pour la première fois en vedette au Palais des Sports, Cerdan sa première grande victoire internationale sur l’italien Cleto Locatelli, l’un des modèles de Marcel, qui, grâce à son expérience, n’est battu qu’aux points.

    Le 20 mai 1938 c’est l’affrontement entre Cerdan et Gustave Humery. Après ce combat très difficile, qu’il remporte tout de même, Marcel prouve qu’il est aussi un encaisseur de première classe et devient définitivement le boxeur favori des Français.

    Fin 1938, Marcel remet son titre en jeu contre Jean Morin qu’il bat aux points à la dixième reprise, puis il remporte les matches contre Victor Deckmyn, le belge Al Baker, l’italien Amedeo Deyana, l’allemand Alf Katter, et de nouveau Kouidri.

    Le 9 janvier 1939 à Londres, Marcel est disqualifié face à Harry Craster, de façon éhontée, sur un soi-disant « coup bas » inventé par le manager adverse. Il gagne aux points contre son ami Emile Buratti. Il écrase à nouveau Al Baker et Félix Wouters à Bruxelles et René Cadot à Marseille.

    Avec l’arrivée aux commandes du Vélo Club de Levallois en 1911 de Paul Ruinart, ancien pistard devenu manager sportif, le VCL va asseoir sa renommée aux niveaux national et international. Les méthodes révolutionnaires du "Père la Ruine" - il est notamment l’inventeur des camps d’entraînement et l’un des pionniers de la diététique - vont ainsi faire pendant près d’un demi siècle de Levallois l’antichambre de l’équipe olympique et des équipes nationales, qui avec les Leducq, Speicher, Archambaud, Lapébie et consorts ravivent à partir des années 1930 la flamme tricolore dans le Tour France.

1939

  • Champion d'europe des welters/mi-moyens

    Le 20 février 1939 à la salle Wagram, Marcel affronte l’italien Savero Turiello, Champion d’Europe des Mi-Moyens qui doit s’incliner aux points. L’italien, fier, demande sa revanche, titre en jeu. Le combat aura lieu le 3 juin au Vigorelli de Milan, au milieu des chemises noires de l’Italie fasciste, qui assistent à la défaite de leur champion, battu aux points en 15 reprises. Le public, en liesse, kidnappe Cerdan un long moment et déchire en morceaux son peignoir bleu pour en faire des reliques.

    Le 18 juin, Marcel rencontre une nouvelle fois Locatelli à Marseille. Locatelli pense que Cerdan manque d’entraînement (15 jours séparent ce combat du précédent) et qu’il fera mieux que son compatriote Turiello. Cerdan est vainqueur à la 10ème reprise mais la presse saluera l’intelligente résistance de son adversaire.

1939 - 1942

  • La guerre

    Le 6 septembre 1939, Cerdan est appelé sous les drapeaux au Maroc. Il est affecté dans la Marine à l’artillerie côtière, puis comme planton à l’Etat-Major [télécharger ses états de services]. Son ascension professionnelle est stoppée. Le championnat d’Europe passé, il lui faudra attendre 7 ans son Championnat du Monde.

    Au Maroc on assiste impuissant à l’évolution d’un conflit qui se passe ailleurs. On attend. L’année 1940, Marcel la passe surtout sur les terrains de football de Casablanca. Au printemps, il est sélectionné en football avec le Maroc pour affronter l’équipe de France. C’est la deuxième fois que Cerdan joue l’aile droite de la sélection marocaine dont le capitaine s’appelle alors Larbi Ben Barek, la fameuse « perle noire » (17 fois international de 1939 à 1954). Dans les premiers mois de 1941, le réseau de résistance « Libération » fait de plus en plus parler de lui. Un jour, Cerdan, qui ne cache pas ses sympathies pour la France résistante, reçoit un émissaire. L’entretien se déroule dans le plus grand secret, mais on sait que Marcel s’engage à aider le réseau. Pour lui, il n’est pas question de basculer dans la clandestinité, mais en revanche, tous les combats qu’il livre à partir de ce jour contribuent à alimenter les caisses de la résistance. Marcel combat Raymond à Alger, Fortes à Oran et Kid Janas à Casablanca. Il défend à nouveau son titre de Champion d’Europe contre Kouidri qui, pour la première et dernière fois, s’avoue vaincu avant la limite face à Cerdan. Aucun boxeur ne lui résiste longtemps.

    En juin 1941, Marcel retourne en France pour vaincre Francis Blanchard à Marseille et les suisses Seidel à Vichy (au profit des prisonniers de guerre détenus en Allemagne) et Fernand Flury à Nice. Il retourne entre-temps brièvement à Alger pour vaincre Brun et Coureau.

    Cerdan obtient alors l’assurance du Haut Commissaire aux Sports de pouvoir se rendre en Amérique et poursuivre sa carrière interrompue par la guerre. Mais l’année 1942 s’ouvre par la déclaration de guerre des Etats-Unis contre les forces de l’Axe. C’en est fini des espérances américaines de Marcel. A défaut d’Amérique, Cerdan est invité à franchir la ligne de démarcation afin de paraître pour la première fois sur un ring de la zone occupée.

    Sa rentrée parisienne a lieu le 26 avril 1942 contre Gustave Humery, le boxeur qui avait failli stopper sa carrière en mai 1938. Marcel met Humery K.O. au bout de 23 secondes de combat, y compris les 10 secondes comptées par l'arbitre. Littéralement assommé, il est transporté inanimé à l’hôpital Boucicaut. Marcel se précipite à son chevet et y reste une partie de la nuit. Humery sort de son coma 36 heures plus tard. Il ne réapparaitra jamais plus sur un ring de combat.

    Après quelques combats victorieux contre Fernand Viez, Gustave de Ridder (K.O. en 85 secondes), Kid Janas et Ben Frély, Cerdan affronte Victor Buttin à Alger le 9 août 1942. Buttin, au tapis à la 8ème reprise, se met à gémir. L’arbitre a vu un coup bas et Marcel est disqualifié pour la seconde fois de sa carrière. Son adversaire venait d’être opéré de l’appendicite et n’aurait pas dû combattre.

    Le 18 juin, Marcel rencontre une nouvelle fois Locatelli à Marseille. Locatelli pense que Cerdan manque d’entraînement (15 jours séparent ce combat du précédent) et qu’il fera mieux que son compatriote Turiello. Cerdan est vainqueur à la 10ème reprise mais la presse saluera l’intelligente résistance de son adversaire.

1942

  • Reprise du titre de champion d'europe
    des welters/mi-moyens


    A l’époque déjà, le sport était pris en otage par la politique. Cerdan apprend qu’il est déchu de son titre de Champion d’Europe parce qu’il n’a pas rencontré dans les délais prescrits son challenger officiel, l’allemand Gustave Eder. A la fin de l’été, l’état-major nazi de Paris leur fait savoir qu’il n’est pas hostile, bien au contraire, à un combat qui mettrait le titre Européen en jeu, entre l’espagnol José Ferrer, détenteur de la couronne, et Marcel Cerdan.

    Le 30 septembre 1942, dans un Paris sous occupation allemande, Cerdan rencontre donc José Ferrer pour le titre de champion d’Europe des Welters devant seize mille spectateurs. Ferrer combat pour les allemands, il est vêtu d’un peignoir orné d’une croix gammée et fait le salut fasciste aux quatre coins du ring. Il se fait huer par la salle archi-comble tandis que Marcel, ovationné comme un libérateur, reste blême. Ce combat est celui de la France contre l’occupant nazi. Ferrer, qui n’avait jusqu’alors jamais mis un genoux à terre, ira cinq fois au tapis avant que l’arbitre n’arrête le combat à la première reprise au bout de 83 secondes ! Cerdan, nouveau Champion d’Europe, quitte la salle déchaînée sans même toucher sa bourse pour fuir l’invitation des officiers allemands chargés du sport à Paris.

1943 - 1944

  • Premier contact avec les américains

    Marcel se marie en janvier 1943 avec Marinette Lopez. Ils auront trois enfants : Marcel, René et Paul.

    En 1943, Marcel gagne d’abord contre John Mc Coye, puis contre Kouidri et aura enfin un peu de peine avec Larry Cisneros – appartenant alors à l’US Navy – l’un des cinq meilleurs boxeurs mondiaux, qui sera mis K.O. au 6ème round. L’événement fait beaucoup de bruit aux Etats-Unis. Cisnesros, qui prétexte un manque d’entraînement, demande sa revanche. Elle a lieu le 29 décembre 1943, et Cisnesros, qui est alors en excellente condition physique, tient cette fois jusqu’au 2ème round.

    Début 1944, Marcel remporte plusieurs combats contre Bob Milano (réunion organisée au profit de la Résistance française), Jack Toney, Tony James et Sampson. Lors d’un premier Tournoi Interallié organisé à Alger dont il sort vainqueur, c’est le tour de Sammy Drouhin (K.O. 1), Adragna (K.O. 8) et Joe Di Martino (K.O. 2). 3 victoires fulgurantes expédiées en l’espace de 5 jours ! Cerdan devient la terreur des Marines.

    Le 21 octobre il foudroie Ahmed Bouaya en moins de 3 minutes. Ce combat n’est qu’une formalité pour Marcel, mais il a dû fournir des efforts considérables pour maintenir son poids et rester dans la catégorie welters (mi-moyens). Après ce combat, il décide de boxer dans la catégorie supérieure. Il a perdu en souplesse, détente et mobilité, mais il y a gagné en puissance. Ses poings sont devenus des pilons et il sait dès lors qu’il ne doit plus rechercher qu’une seule chose sur le ring : l’efficacité – frapper pour abattre le plus vite possible.

    Le second Tournoi Interallié, à Rome, va lui permettre d’expérimenter sa métamorphose sur un ring officiel. Entre le 12 et le 16 décembre 1944, trois Américains s’inclinent devant Marcel qui remporte le tournoi : Clinton Perrey en 59 secondes, Floyd Gibson aux points, et Frankie Burney en deux reprises pour la finale. Ce dernier a tellement été malmené qu’il doit se faire hospitaliser le soir même. Il est indéniable qu’une partie du prestige de Cerdan outre-Atlantique est dû aux séries de victoires qu’il a accumulées au cours de cette manifestation.

1945 - 1946

  • Champion de france des middleweights/moyens

    En 1945, Marcel retourne enfin à Paris. Il vit chez Paul Genser, restaurateur de la rue d’Orsel, au pied du Sacré-Cœur à Montmartre, qu’il a connu lors de ses débuts à Paris. Il y trouve une atmosphère familiale qui lui sera précieuse.

    Marcel est transformé. Joe Brun, Jean Despaux, Oscar Menozzi (ex-champion de France des mi-lourds, K.O. 3), Edouard Tenet et l’anglais Tommy Davies (battu en 2mn et 55 secondes) le constatent à leurs dépens. Cerdan, dont le masque devient blême dès qu’il franchit les cordes du ring, n’est plus le boxeur d’antan mais l’assommeur. Bien souvent il n’offre plus le spectacle de « l’escrimeur », mais celui du frappeur déchaîné résolu à donner le plus de puissance possible à ses coups.

    Ayant changé de catégorie, Cerdan n’est paré d’aucun titre officiel, même si on le reconnaît comme le meilleur Welter européen. Le 30 novembre 1945, il s’empare enfin du titre de Champion de France des Super Welters que détenait Assane Diouf.

    Le 8 décembre 1945, Marcel obtient sa revanche contre Buttin. Il veut laver l’affront d’un précédent combat où il fut injustement disqualifié. Buttin est mis K.O. à la 3ème reprise. Boxeur de qualité, il rejoindra l’équipe de Roupp à la demande de Marcel et deviendra l’un de ses principaux sparring partners.

    Il enchaîne ensuite plusieurs victoires contre Antonio Guedes( K.O. en 2mn et 50 secondes), à nouveau Tenet, Ferrer et Brun, puis le 25 mai 1946, c’est le match tant attendu contre Charron au Parc des Princes qui accueille pour la première fois un ring sur sa pelouse. Pour la première fois aussi, la presse parisienne parle de « Match du Siècle ». Jamais, avant cette date, un combat n’avait eu autant de publicité. La rencontre se déroule devant 37 000 personnes, trempées par un orage épouvantable (ce qui ne nuit en rien à la recette, astronomique pour l’époque : 15 millions de Francs). Cerdan, blessé à la main droite, dont les réflexes sont trop lents et les gestes trop lourds, fait un combat de frappeur, de démolisseur, mais pas de puncheur. La presse et le public sont déçus, malgré une victoire aux points.

1946

  • Passeport pour l’Amérique

    A présent, pour s’élever dans la hiérarchie internationale, il faut être consacré par l’Amérique. Le contact est établi par Joe Longman, le fils spirituel de Lew Burston, bras droit à New York de Mike Jacobs, le puissant patron du Madison Square Garden et l’un des associés de la Twentieth Century Fox. Pour mesurer la valeur de Marcel Cerdan, les américains lui envoyent Holman Williams, un des meilleurs poids moyens du monde. Mike Jacobs déclare alors à la presse : "si Cerdan bat Williams, je lui donnerai sa chance contre le vainqueur du match Tony Zale / Graziano". Malgré sa fracture à la main droite, Cerdan dispose de Williams aisément en dix reprises à Roland Garros le 7 juillet 1946 et gagne son « passeport » pour les USA.

    Après son match, Marcel assiste au spectacle d'Edith Piaf au Club des Cinq. C’est leur première rencontre.

    Lew Burton désigne Georgie Abrams comme adversaire pour le bombardier marocain aux Etats-Unis. Avant le départ de Marcel, Roupp organise un combat de préparation pour voir si sa main tient le coup. Cerdan rencontre Jean Pankowlack le 20 octobre 1946 à la Croix de Berny et gagne par K.O. au 3ème round. Sa droite tient, il peut partir faire son premier combat en Amérique.

    La rencontre contre Abrams a lieu le 6 décembre au Madison. C’est l’un des duels les plus pénibles de sa carrière. Marcel, malade, est habité par le doute et n’a pas la forme. Pourtant, en dix rounds, le Français gagne aux points. Il est si épuisé qu’à la fin de son combat l’arbitre doit l’entraîner au centre du ring et lui lever le bras en signe de victoire. Cerdan vient de conquérir New York et les cœurs de toute l’Amérique. Les portes de la consécration suprême lui sont désormais ouvertes.

    Paris explose de joie à l’annonce de sa victoire. La France, qui se remet petit à petit du traumatisme de la guerre, retrouve sa dignité par champion interposé. La légende prend alors le pas sur la réalité. Cerdan devient un héros national. Le mythe est né.

1947

  • Champion d'europe des middleweights/moyens

    Le 2 février 1947, au Palais des Expositions de la porte de Versailles, Marcel gagne son titre de Champion d’Europe des Moyens en mettant K.O. le belge Léon Fouquet au premier round en 126 secondes.

    Une semaine après son championnat d’Europe, Marcel part pour Londres, bien décidé à venger la « farce » Craster. Son adversaire est le second mi-lourd britannique, Bert Gilroy, envoyé au tapis à la 5ème reprise.

1947 - 1948

  • Retour à new-york

    Mars 1947, Marcel s’entraîne à Whitestone, près de New York, pour sa rencontre contre Harold Green au Madison Square Garden, match décisif pour son championnat du monde. Atteint d’une tendinite au coude droit et d’une foulure au pouce gauche, Cerdan aborde malgré tout son combat sereinement mais selon l’avis des médecins, la rencontre ne doit pas durer plus de 3 rounds, sinon les lésions pourraient être irréversibles. Le médecin de service (qui avait misé sur Green comme on le sut plus tard) lui fit une piqûre de novocaïne truquée, sans effet. Green sera quand même mis K.O. au second round. Cerdan, pour son 100ème combat professionnel, vient de remporter sa 56ème victoire par K.O.

    Après une victoire-éclair à Montréal contre Bill Walker le 7 octobre 1947 (le combat dure moins de 3 minutes), Marcel affronte le 31 octobre à Chicago son troisième adversaire de taille en Amérique : l’estonien Anton Raadik, que la presse américaine présente comme le boxeur le plus dangereux des Etats-Unis. C’est l’ultime escalade vers le championnat du monde. Sa célébrité entraîne une vie de plus en plus mondaine – c’est un personnage public que chacun s’arrache – loin des rigueurs de l’entraînement ; le match manque de lui échapper. En perdition à la fin du combat, Marcel se bat comme un automate contre un Raadik heureusement fatigué lui aussi. Pour la première fois de sa carrière, Cerdan met le genou à terre à 3 reprises. Il est déclaré, de justesse, vainqueur aux points.

    Le 14 janvier 1948, Marcel rejoint Edith qui chante au « Versailles » à New-York. C’est le début de leur relation amoureuse.

    De retour à Paris début 1948, Marcel gagne contre Giovanni Manca et Yanek Walzack avant d’affronter Lavern Roach le 12 mars 1948 à New York au Madison. Roach est la nouvelle vedette du Madison et certains pensaient, de l’autre coté de l’Atlantique, qu’il était de taille à couper les ailes aux ambitions du Français. Mais Cerdan est vainqueur par abandon à la 8ème reprise, bien que Roach aille au tapis à la 3ème reprise et y reste plus de 32 secondes, selon Nat Fleischer, Directeur du magazine Ring, qui le chronométre. L’arbitre lui, n’en a compté que 8 !

    13 jours plus tard, le 25 mars 1948, Cerdan bat Lucien Krawczyk avant de rencontrer Cyrille Delannoit le 23 mai 1948 au stade du Heysel à Bruxelles. Après un combat acharné, Marcel perd son titre de champion d’Europe alors qu’il pensait avoir gagné aux points. Consterné, il s’écroule de désespoir sur le ring.

    Le 10 juillet, Marcel récupère son titre contre Delannoit alors qu’il s’est fracturé la main droite sur un sac d’entraînement, 48 heures avant la rencontre. Edith est avec lui à Bruxelles.

1948 - 1949

  • Champion du monde middleweights/moyens

    Edith et Marcel partent pour les Etats-Unis. Elle vient incognito au camp de Loch Sheldrake où il s’entraîne.

    Le 21 septembre 1948, le championnat du monde Cerdan-Zale se déroule au Roosevelt Stadium de Jersey City. Les sportifs du monde entier sont à l’écoute de la T.S.F. qui commente la rencontre. Malgré les qualités exceptionnelles de Zale, il sera promené à travers le ring. Au 11ème round, il s'effondre sur un dernier crochet du gauche de Cerdan, blessé au bras droit. Il est saoulé de coups, dont il ne se remettra jamais. On relève Tony Zale hébété. Il va s’écrouler dans son coin. Cerdan conquit ainsi le titre que Zale avait ravi à Graziano, devenant le premier boxeur à reprendre ce titre de Champion du Monde aux Américains depuis l'Anglais Ruby Robert Fitzsimmons en 1891 !

    Le retour en France est triomphal. Paris lui fait un accueil de chef d’état. La foule se rue sur lui. Des Gobelins au Luxembourg, du boulevard Saint-Michel à la Concorde, de la Madeleine à l’Opéra, de la République à la Bastille, la liesse est telle que le cortège officiel avance difficilement. A l’Hôtel de Ville enfin, Cerdan vogue littéralement sur un océan humain. La France relève la tête. Il a le privilège de rallumer la flamme du Soldat Inconnu à l’Arc de Triomphe, et est reçu à l’Elysée par le président Vincent Auriol.

    Cerdan tourne un premier film inspiré de sa vie, « L’homme aux mains d’argile » de Léon Mathot.

    Marcel décide d’arrêter sa collaboration avec Lucien Roupp pour des raisons personnelles. Les deux hommes resteront proches et amis. Joe Longman, qui le suit depuis longtemps, s’occupe à présent de sa carrière et de ses affaires, toujours avec Lew Burston, son représentant new-yorkais. Le frère de Marcel, Armand, devient son entraîneur.

    Le 29 mars 1949, Cerdan met K.O. au 7ème round Dick Turpin, le champion de l’Empire Britannique. Le 7 mai il rencontre à nouveau Krawczyk qu’il met K.O. au 4ème round.

    Quelques mois plus tard, Marcel tourne son second film « Al Diavolo la Celebrita » (Au diable la célébrité) de Mario Monicelli.

1949

  • La catastrophe de detroit

    L’Amérique, jalouse d’avoir vu un titre mondial lui échapper, propose à Cerdan un challenger, Jake La Motta. Certains disent qu’il est le poulain de la mafia très puissante dans le milieu de la boxe aux Etats-Unis. Comment expliquer ce choix autrement, alors que La Motta n’est que le 10ème poids moyen mondial, et que ses combats contre Billy Fox et Villemain ont été pour le moins douteux, lui-même ayant admis dans son autobiographie avoir triché sur l’instigation de la Mafia ?

    D’ailleurs, les organisateurs new-yorkais refusent le contrat et c’est finalement au Briggs Stadium de Detroit, en plein air, que se déroule la rencontre. Le 17 juin 1949, Marcel Cerdan perd son titre de Champion du Monde contre Jake La Motta. Ce soir-là, les organisateurs de Detroit ont avancé le combat de Cerdan d’une demi-heure. Marcel n’a pas le temps de s’échauffer plusieurs rounds comme il le fait d’habitude. Aux Etats-Unis, tout est neuf à chaque combat : tapis de sol, chaussures, gants… Dès le coup de gong, La Motta jaillit de son coin et se précipite sur Marcel. Sur une poussée, Cerdan glisse et pour se rattraper, tend son bras gauche en arrière. Il se luxe l’épaule. Il ne peut plus gagner, La Motta ne le lâche pas et sa douleur est trop vive. Marcel veut continuer, mais au 11ème round il abandonne sur les conseils de son manager.

    Malgré sa défaite, la foule parisienne accueille son champion préféré en héros. Cette félicité du public, en dépit de la défaite, rend à Cerdan son courage et la volonté de reconquérir son titre.

    Prétextant une blessure à l’épaule droite, La Motta annule leur match revanche du 28 septembre. Une nouvelle date est prise : Le 2 décembre 1949 au Madison Square Garden. Marcel décide d’achever son entraînement sur place au camp Loch Sheldrake à quelques kilomètres de New-York.

    Au mieux de sa forme, certain de sa victoire, il déclare aux lecteurs de France-Soir le 26 octobre, la veille de son départ pour les Etats-Unis : « En ce qui concerne le résultat de mon match contre La Motta, je serai très affirmatif : la question d’une défaite ne peut pas se poser. Je dois battre La Motta, je le battrai. Une fois pour une bêtise, un accident stupide, La Motta m’a possédé… C’est déjà beaucoup trop. En fait, je prépare ce championnat depuis plus de 6 mois. Je suis déjà bien. Je serai parfait le 2 décembre ».

1949

  • Sa tragique disparition

    Après un match-exhibition à Troyes, sur un coup de fil d’Edith Piaf, Cerdan change son départ pour New-York en bateau pour l’avion, afin de la rejoindre plus vite. Le vol d’Air France de 21 h est complet. Un couple en voyage de noces, leur offre leurs places de tout cœur. Marcel peut embarquer in extremis avec Joe Longman et Paul Genser. Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Constellation F-BAZN (Locheed L-749A) s'écrase contre le pico de Vara (paroisse Nordestinho) sur l'île de Sao Miguel aux Açores, avec 48 passagers dont la célèbre violoniste Ginette Neveu. Ce sera le premier accident enregistré par Air France sur la ligne Paris – New-York, après plus de 2 000 traversées. Il n'y aura aucun survivant. Marcel avait 33 ans.

    L’avion-cargo « Liberator », qui ramène le corps des Açores, se pose sur l’aéroport de Casablanca. On installe Marcel dans une chapelle ardente au Stade Lyautey. Durant deux jours et deux nuits, toute la ville défile devant le catafalque. Devant sa dépouille, les luttes séculaires cessent. Unis dans la même douleur, les Musulmans, les Israélites, les Catholiques, les Arabes, les Espagnols, les métropolitains… Tous communient dans la même peine. Cerdan remporte une dernière victoire. Peut-être la plus belle.

    Le 18 novembre 1949, Marcel Cerdan reçoit l’ordre de la Nation avec la citation suivante : « Champion de boxe, dont la conduite pendant la guerre et la juste popularité ont fait l’une des figures les plus exemplaires du sport français ». Trois jours plus tard, la Légion d’Honneur lui est décernée.

    Le 28 octobre 1995, à la demande de sa femme Marinette, son corps est rapatrié du Maroc. Il repose désormais en France, au Cimetière du Sud à Perpignan.

    Bibliographie : "Marcel Cerdan, ma vie, mes combats" aux éditions Bibliothèque France Soir, par Marcel Cerdan; "Comment devient on champion - Marcel Cerdan" aux Editions Atlas, par Jacques Chapus; "La Légende de Marcel Cerdan" aux éditions Hatier-Rageot, par Olivier Margot, Zlatko Susic et Christian Vella ; "Cerdan mon ami" aux éditions Mengès, par Maurice Rouff.